Une histoire dans l’HISTOIRE

Dimanche 5 juin 2016 // Histoire

Philibert de Chalon

1502 - 1530

La célébrité, c’est le rayonnement. Être connu au-delà du cercle dans lequel vous êtes né. Exister ailleurs que là où l’on est, faire preuve d’ubiquité en quelque sorte. Mais la célébrité s’estompe avec le temps, avec la succession des générations. Tel qui fut célèbre il y a quelques siècles est aujourd’hui oublié. Sauf ceux dont on se souvient en raison de leur oeuvre, comme Pasteur, Einstein, Pascal ou Euclide. C’est de cette oeuvre dont on se souvient, c’est elle qu’on ne cessera de commenter à travers les siècles. Ces oeuvres auront ainsi vaincu le temps.
Ce n’est pas le cas du personnage dont nous allons parler aujourd’hui. Et pourtant, malgré sa courte vie, il a lui aussi traversé le temps. Il s’agit de Philibert de Chalon. Il naît en 1502 à Lons-le-Saunier, fils de Chalon IV d’Arlay et de Philiberte de Luxembourg. Son père devait mourir quelques mois plus tard, et c’est sa mère qui l’éleva au château de Nozeroy, assurant la régence pour celui qui allait hériter des titres de Baron d’Arlay et de Prince d’Orange. Émancipé très tôt, à quinze ans, il montra sa force et son habileté lors de tournois organisés pour fêter l’événement. Reprenant une tradition des Chalon, soucieux de défendre ses intérêts, il louvoie entre le pouvoir de François Ier et celui de Charles Quint. Mais, après une incursion française dans la principauté d’Orange dont il demande réparation, il est très mal reçu par le roi de France. Il se met alors au service de Charles Quint dans la bataille d’Italie, devenant l’un de ses généraux préférés. Il en recevra le titre de Gouverneur et Capitaine Général du royaume de Naples. Il essaie d’apaiser les différends entre lansquenets protestants et les troupes espagnoles et italiennes mais il ne peut éviter le sac de Rome.
En juin 1528 il impose au Pape une capitulation sans condition et le paiement d’une rançon de 400 000 ducats. Il mourra le 3 août 1530 à la bataille de Gavinana, à l’âge de vingt-sept ans. Charles Quint avait pressenti cette mort, lui ayant adressé une lettre dans laquelle il lui conseillait de moins s’exposer. Ses cendres seront rapatriées à Lons-le-Saunier et Philiberte de Luxembourg lui fera des obsèques grandioses. Cependant son histoire ne s’arrête pas là...
Il avait légué ses biens, ses titres et sa devise “Je maintiendrai” à sa soeur Clauda qui revinrent au fils de celle-ci, René de Nassau. Celui-ci mourut en 1544 à la bataille de Saint Dizier, dans les bras de Charles Quint. René de Nassau avait testé en faveur de Guillaume I de Nassau, dit le Taciturne, qui luttait pour l’indépendance des Provinces Unies (la future Hollande). C’est alors que commença un très long procès. Isenghien, descendant d’Alphonse de Gand, fit saisir les biens comtois de Guillaume de Nassau et s’en porta acquéreur. Mais Louis XIV ayant conquis la Franche Comté les restitua, par le traité de Ryswick, à Guillaume III de Nassau, devenu roi d’Angleterre. Celui-ci mourut sans descendance. Il y eut un nouveau procès. Isenghien obtint la propriété des biens et les Nassau celle des titres.
Le roi des Pays-Bas est aujourd’hui Baron d’Arlay, prince d’Orange. Il a adopté la devise “Je maintiendrai”. Par ses titres et sa devise, Philibert de Chalon a donc traversé le temps et l’espace avec Arlay dans sa besace. Comme si Arlay et ses autres possessions avaient fait partie de lui jusque dans sa mort. C’était d’ailleurs le cas des seigneurs de l’époque, qui considéraient leur seigneurie comme leur bien et n’hésitaient pas à conclure des alliances tantôt avec un roi, tantôt avec un autre sans que quiconque y voie une malhonnêteté.
Gilbert Lacroix